I've played. I've lost.
Same player shoots again.
Bless life. and my preferred one:
Une petite souris verte se perd aveuglément dans
le labyrinthe assurément. Elle en voit de toutes les couleurs, elle goûte de
toutes les saveurs. Ses quatre petites pattes l’emmènent au gré du vent. Au
loin de ces murs qui restent tout blanc, une seule envie lui vient en tête.
Gouacher de tous les tons, sans mesure.
Tout peinturlurer. Elle sort ses deux canines et
se pourlèchent les babines, se passe la patte dans les oreilles, se roule
ensuite par terre, ne cherche plus la voie de sortie.
Cette dernière viendra bien à elle, d’elle-même.
Souffler lui sur la nuque, elle se
roulera heureuse. Parlez-lui à l’oreille, elle glissera d’un bond même. Elle
sait bien ce qui l’attend. L’attrape-souris va la choper. Elle court en attendant
pour éviter à tout prix d’y tomber.
La croyance des souris prend sa place ici. A
croire en tout, c’est fou. Elle suit son rythme, c chelou. Elle se retrouve à
un tournant et tombe nez à nez avec un escargot qui a envoyé balader sa
carapace pour mieux bronzer.
Le lecteur rencontre alors Mr Escargot. Mr
Escargot a remis sa coquille sur le dos, une herbe autour de la tête, et banzai
à l’assaut de la petite butte de devant, une antenne après l’autre.
De la souris, passons à l’escargot. C’est donc
l’histoire de Norbert qui, un matin, décide de s’évader du centre des escargots
et d’aller affronter la grande vie. Norbert met son baluchon dans sa carapace,
prend un grand verre d’eau sous cette feuille d’eucalyptus. La rosée de ce
matin nuageux en est délicatement aromatisée.
Il regarde derrière, dit au revoir à ses proches,
écrase une larme, s’essuie avec une de ses antennes et se met en route. Il met
la première, et reste en première. Ça reste un escargot.
Il ondule comme ça pendant des jours et des jours
à la découverte de divers paysages, à la découverte d’autres espèces
avoisinantes. Un après-midi, il était au bar des limaces alors que des
coccinelles voltigeaient au-dessus de leur tête. Ils avaient ainsi goûté en
toute amitié un breuvage naturel, une pause pendant ce périple.
Les limaces l’avaient lâché à la frontière des
grandes herbes, abris de tous les dangers. Sa migration n’était pas finie.
Norbert s’est juste assorti une herbe autour de son front et continuait son
périple comme ça, à la rencontre de découvertes, à l’exploration de nouveautés.
Chaque nuit, il prenait abri le long de cailloux
ou sous une feuille.
Chaque matin, il étirait ses antennes, les faisant
vibrer pour sécher la rosée qui s’y était accumulé, mangeait un peu de verdure
et repartait, toujours aussi déterminé.
À chaque intersection, il prenait en mémoire une
photo, une structure architecturale environnante qui se faisait bien remarquer,
et disposait un signal de reconnaissance, un amas d’herbes, un agencement de
cailloux. Le décor changeait et ça l’affectait de plus en plus. Il continuait
toujours sans questions, simplement, en alliance avec lui-même, en raison avec
les autres. Et là, à la fin d’un chemin emboué, il voit un ours en train de se
pourlécher les pattes de miel, il l’interrompt. L’ours lui pose une
énigme :
Dans sa première, il a fait des erreurs, et a appris à grandir.
Dans la deuxième, il s’est trop excusé et incliné.
Dans la troisième, il a vécu en marge.
Dans la quatrième, il a retrouvé le monde alentour.
Dans la cinquième, il n’a plus arrêté de danser.
Dans la sixième, il ne s est plus arrêté de courir.
Dans la septième, il a fait grave la fête.
Dans la huitième, il s’est retourné et a apprécié.
Dans la neuvième, il s’est reposé.
Qui suis-je ?
Interloqué, Norbert se retourne tranquillement,
profite de la mêlasse qui s’est échappé de son corps toute la montée pour
glisser et surfer tranquillement du haut de la côte. Floup, schloup, slourp,
tant d’efforts pour arriver en haut pour finalement affronter des questions si
ennuyeuses. Si kiffant de redescendre en bas dans cette glissade légère. Il
respire le vent qui le prend et agite ses antennes. L’ours le regarde d’un œil
inquisiteur, toujours en attente de réponse. L’escargot l’ignore, il retourne
dans sa mare près des hautes feuilles. Oui, boire de la rosée toujours
continuer.
L’ours d’un pas le rejoint.
- Ok, plus facile…
Je ne suis que trois syllabes.
Je me tais tout le temps.
Dans mon temps, les personnes se comprennent.
Qui suis-je ?
Norbert l’escargot se retourne éberlué et agite
ses antennes nerveusement, rempli d’impatience :
- Le silence, pour sur. Le langage universel, dis
pourquoi tu poses des charades pareilles ?
- Rien, on me dit philosophe. J’écris mon bouquin
en me gavant du miel de cette forêt. J’en profite pour lire. Ça me laisse de
quoi penser quand j’irais hiberner. Et toi que fais-tu ? Tu ne viens pas
d’ici… Allez, tu as gagné le droit de monter sur ma crinière. Je t’économiserai
quelques journées d’un voyage harassant. Je t emmène de l’autre côté de la
forêt, viens.
- Oui, mais il n’y a pas des choses à voir dans
cette forêt ?
- Elle est très mystique, et garde son mystère à
elle. Chaque personne qui y entre est plongée dans une longue méditation et des
fois n’en ressort jamais.
- Comme toi ?
- Oui, comme moi. J’ai trouvé mon bonheur ici.
Allez viens, je t’emmène.
Norbert se met tranquillement sur une feuille
tombée à côté de lui, l’ours prend délicatement la feuille où s’est assis
Norbert. Il la pose sur sa nuque. Et les voila partis, un escargot sur la nuque
d’un ours…
Arrivé de l’autre côté, dix minutes après, l’ours
dépose Norbert.
Seule une butée s’ouvre maintenant devant lui,
petit à petit, il grimpe à son rythme. Arrivé à la cime de ce léger monticule,
il s’éberlue. Ses antennes s’agitent. La ville s’offre à lui, les néons
l’aveuglent, le vacarme étouffant des voitures le met en émoi. Là, Géraldine
l’araignée descend le long de son fil à sa rencontre.
- Allez, accroche-toi à moi, je vais faire
l’ascenseur. Il faut que tu voies dans quoi tu vas t’engager. Et même vu d’en
haut, c’est incompréhensible d’observer toutes ces petites bêtes bouger de
partout. Ils détruisent des édifices qu’ils ont eux-mêmes construits pour en
reconstruire d’autres encore plus grand et encore plus imposant, je te le dis,
incompréhensible.
Norbert prend une tige pour son casse-croûte avant
de se mettre sur l’araignée. En montant, il rencontre les singes qui lui font
des mimiques indescriptibles. Il leur
sourie et continue de prendre de l’altitude. Arrivé à la branche d’où
l’araignée s’était accrochée, il prend un moment pour regarder en bas et puis
observe l’agitation en face de lui : Une véritable fourmilière, ça bouge
de partout, ça lui donne le tournis.
- Wouhou, wouhou.
Norbert, demande -Tiens, mais qui est cet
hurluberlu qui hulule ? Il se cache où le hibou.
Les yeux grands ouverts, le hibou observe de ses
grands yeux les environs et continue son hululement.
Norbert finit la discussion
-Ok, encore une bonne conversation, il s’écoute
parler celui-là.
Alors tranquillement, Norbert descend de
l'ascenseur, en remerciant l'araignée, et se dirige vers le béton. Les voitures
passent, repassent et se dépassent.
Il est éberlué par les évènements, sa tête tourne,
ses antennes ne servent plus a rien, il ne respire que du gaz d’échappement, il
décide d'aller s'échapper par la bouche d'égout adjacente.
Coup de bol, elle est ouverte. Il descend
tranquillement la paroi, et se retrouve
nez à nez avec un groupe de rats, les seuls capables de vivre dans un tel
milieu. Bien organisé, une dizaine se battent, une quinzaine les regarde. Le
chef de l'instant s'avance ensuite vers l'escargot et le pousse d’un coup de
patte.
-qu'est que tu fous là toi?
-moi, je suis en visite touristique, je regarde
les environs
-en touriste, t'es un marrant toi, bref reste pas là, c'est le bordel, et tu
parais trop innocent pour te défendre.
Norbert se fourre dans sa carapace un instant, y
récupère une carte et demande son chemin.
- oui bien, mais je veux aller là. Tiens
- oui là bien sur, tu ne veux pas non plus un taxi
pour y aller. Le mieux c'est que tu fasses demi-tour et que tu retournes chez
toi, ce n’est pas un environnement pour toi ici, les humains vont te manger
tout cru si tu en rencontres un.
- les quoi ?
- les humains, ces grandes bêtes qui n'arrêtent
pas de courir à la surface et parlent un langage incompréhensible, si tu vas
par-là, soit tu vas te faire écraser, soit ils vont te bouffer.
- pas glop ton truc, bon bah je remonte alors.
Le lendemain, Norbert se retrouve à la lisière de
la forêt mystérieuse. Il ne voit pas l'ours. Tranquillement, il entre dans la
forêt. Il s'aventure dans un monde de calme par rapport au bordel ambiant de
l'atmosphère citadine. Il s'éloigne, il respire, prend une feuille de chêne
tombé par là, l'utilise en couette et tranquillement s'endort.
À son réveil, une jolie pie entonne son chant matinal. Norbert se remue les
antennes, sort de ses draps, se douche sous la rosée d’une plante voisine et
décide de rester planté là.
« Petit oiseau tu n’as pas d ailes, tu peux
pas voler,
Petit
oiseau tu n’as pas d ailes, tu peux marcher. »
À Gad Elmaleh, chanteur inconnu du TOP50.