Un Homme Pressé – Extrait 26
le japonais dans un ancien temple près dOsaka, une page blanche qui constitue lune des toiles des murs coulissants, un russe dans une église de Saint Petersbourg. - Oui, de toute façon, le livre exhibe du blanc. - Ce que lon peut faire, cest photographier une des pages en trois dimensions et ensuite les imprimer. Lidée de Sarah était venue avec la même simplicité que le monde dEloris quil avait eu la chance de revoir quelques semaines auparavant. Pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué. Pourquoi en effet, pour ça, tout simplement. - Cest une solution, ne pas aller vers le complet, sassurer de comprendre les fragments. Daprès toi, quest-ce qui nous manquera, lintroduction, le développement, la conclusion? - Tu crois vraiment quà cette époque il se souciait tant de la dialectique? - Un peu, mon neveu. Ce sont ces péripatéticiens qui ont mis pour une première fois les fondamentaux de la dialectique. - Oui, merci, je relativisais. - Bon alors comment fait-on? Je ne vais pas arracher une page de la couverture. Jai déjà volé une église, je ne vais pas détruire un des premiers livres connus sur terre. - Le scan sera sans dommage. On envoie un faisceau lumineux, sur une page, puis sur son recto. Lordinateur enregistre les dimensions et on imprime. A ton avis il manque combien de pages? - A vue dil, une bonne dizaine. - Voilà, viens me rejoindre dans mon laboratoire demain après-midi et on sen occupera. De retour de la conférence, il sorganise pour se laisser quartier libre le lendemain dans laprès-midi et rejoint Sarah à son travail. - Tu as le livre? - Non, je suis venu les mains vides pour profiter de te voir en tailleur. - Arrêtes de déconner, passe-le moi. - Tiens. Elle dispose le livre face vers le bas sur une surface vitrée, puis configure et met en marche le pistolet lumineux. Le bras tenant ce pistolet gigote alors sur tous les axes de rotation, se translate dans les sens de la marche, et se remet sans protester, cinq minutes après, dans sa position dattente. -Voilà, on a maintenant un profil 3D de cette page. Maintenant, je règle les dimensions, et lenvoie à limpression. Silencieux, Florent se dirige vers cette imprimante du troisième type. Sarah branche une clé USB et paramètre la résolution désirée. Et la buse de limprimante se met en marche. Couche par couche, elle débite sa colle conformément au fichier quelle a dans ses entrailles. Alors que Florent semble se noyer de curiosité devant tant de prouesses technologiques, Sarah lattire vers la berge: - Oui, bon, tu men as demandé dix, ça prendra bien une bonne heure, voire plus. - Euh, pourquoi nen a-t-on pas fait quune, plus épaisse, de la largeur des dix? - Cest toi qui ma dit ce nombre, tu voulais tassurer le plus de jeu possible à lassemblage. - Ok, je vais préparer un café. - Oui, le coin cuisine est par là, viens. Il repart le soir avec son trésor: ses copies imprimées sur du composé made in vingt et unième siècle. Ensuite, Il passe une bonne partie de la soirée à rassembler le tout sous sa couverture. Armé dune lime, il retire là où les nouvelles feuilles ne respectent pas la reliure. Il sarrête quand les bords libres du livre sont quasiment lisses. A ce stade, un sentiment de fierté le prend, de cette fierté quoffrent les actes manuels. Avant que son cerveau ne lui susurre: Ah, bah je suis bien avancé maintenant... Jai un livre à prothèses qui ne me dit toujours rien. Un coup de téléphone lextirpe de ses pensées. Dans la couleur du temps, il se trempe dans la peinture du travail. Une soirée avec ses collègues et quelques amis. Le livre reste ainsi livré à lui-même pendant un long moment. Florent laurait presque oublié sil ne prenait tant de place sur son bureau. Alors, ce qui aurait dû arriver arriva. Un soir, éméché, le livre
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