Tuesday, 8 October 2013

-.-.-

The right balance @libravous


I've played. I've lost.

Same player shoots again.

Bless life. and my preferred one:

Une petite souris verte se perd aveuglément dans le labyrinthe assurément. Elle en voit de toutes les couleurs, elle goûte de toutes les saveurs. Ses quatre petites pattes l’emmènent au gré du vent. Au loin de ces murs qui restent tout blanc, une seule envie lui vient en tête. Gouacher de tous les tons, sans mesure.
Tout peinturlurer. Elle sort ses deux canines et se pourlèchent les babines, se passe la patte dans les oreilles, se roule ensuite par terre, ne cherche plus la voie de sortie.
Cette dernière viendra bien à elle, d’elle-même. Souffler lui sur la nuque,  elle se roulera heureuse. Parlez-lui à l’oreille, elle glissera d’un bond même. Elle sait bien ce qui l’attend. L’attrape-souris va la choper. Elle court en attendant pour éviter à tout prix d’y tomber.
La croyance des souris prend sa place ici. A croire en tout, c’est fou. Elle suit son rythme, c chelou. Elle se retrouve à un tournant et tombe nez à nez avec un escargot qui a envoyé balader sa carapace pour mieux bronzer.
Le lecteur rencontre alors Mr Escargot. Mr Escargot a remis sa coquille sur le dos, une herbe autour de la tête, et banzai à l’assaut de la petite butte de devant, une antenne après l’autre.
De la souris, passons à l’escargot. C’est donc l’histoire de Norbert qui, un matin, décide de s’évader du centre des escargots et d’aller affronter la grande vie. Norbert met son baluchon dans sa carapace, prend un grand verre d’eau sous cette feuille d’eucalyptus. La rosée de ce matin nuageux en est délicatement aromatisée.

Il regarde derrière, dit au revoir à ses proches, écrase une larme, s’essuie avec une de ses antennes et se met en route. Il met la première, et reste en première. Ça reste un escargot.
Il ondule comme ça pendant des jours et des jours à la découverte de divers paysages, à la découverte d’autres espèces avoisinantes. Un après-midi, il était au bar des limaces alors que des coccinelles voltigeaient au-dessus de leur tête. Ils avaient ainsi goûté en toute amitié un breuvage naturel, une pause pendant ce périple.

Les limaces l’avaient lâché à la frontière des grandes herbes, abris de tous les dangers. Sa migration n’était pas finie. Norbert s’est juste assorti une herbe autour de son front et continuait son périple comme ça, à la rencontre de découvertes, à l’exploration de nouveautés.
Chaque nuit, il prenait abri le long de cailloux ou sous une feuille.
Chaque matin, il étirait ses antennes, les faisant vibrer pour sécher la rosée qui s’y était accumulé, mangeait un peu de verdure et repartait, toujours aussi déterminé.

À chaque intersection, il prenait en mémoire une photo, une structure architecturale environnante qui se faisait bien remarquer, et disposait un signal de reconnaissance, un amas d’herbes, un agencement de cailloux. Le décor changeait et ça l’affectait de plus en plus. Il continuait toujours sans questions, simplement, en alliance avec lui-même, en raison avec les autres. Et là, à la fin d’un chemin emboué, il voit un ours en train de se pourlécher les pattes de miel, il l’interrompt. L’ours lui pose une énigme :



Dans sa première, il a fait des erreurs, et a appris à grandir.
Dans la deuxième, il s’est trop excusé et incliné.
Dans la troisième, il a vécu en marge.
Dans la quatrième, il a retrouvé le monde alentour.
Dans la cinquième, il n’a plus arrêté de danser.
Dans la sixième, il ne s est plus arrêté de courir.
Dans la septième, il a fait grave la fête.
Dans la huitième, il s’est retourné et a apprécié.
Dans la neuvième, il s’est reposé.

Qui suis-je ?



Interloqué, Norbert se retourne tranquillement, profite de la mêlasse qui s’est échappé de son corps toute la montée pour glisser et surfer tranquillement du haut de la côte. Floup, schloup, slourp, tant d’efforts pour arriver en haut pour finalement affronter des questions si ennuyeuses. Si kiffant de redescendre en bas dans cette glissade légère. Il respire le vent qui le prend et agite ses antennes. L’ours le regarde d’un œil inquisiteur, toujours en attente de réponse. L’escargot l’ignore, il retourne dans sa mare près des hautes feuilles. Oui, boire de la rosée toujours continuer.
L’ours d’un pas le rejoint.
- Ok, plus facile…

Je ne suis que trois syllabes.
Je me tais tout le temps.
Dans mon temps, les personnes se comprennent.

Qui suis-je ?

Norbert l’escargot se retourne éberlué et agite ses antennes nerveusement, rempli d’impatience :
- Le silence, pour sur. Le langage universel, dis pourquoi tu poses des charades pareilles ?
- Rien, on me dit philosophe. J’écris mon bouquin en me gavant du miel de cette forêt. J’en profite pour lire. Ça me laisse de quoi penser quand j’irais hiberner. Et toi que fais-tu ? Tu ne viens pas d’ici… Allez, tu as gagné le droit de monter sur ma crinière. Je t’économiserai quelques journées d’un voyage harassant. Je t emmène de l’autre côté de la forêt, viens.
- Oui, mais il n’y a pas des choses à voir dans cette forêt ?
- Elle est très mystique, et garde son mystère à elle. Chaque personne qui y entre est plongée dans une longue méditation et des fois n’en ressort jamais.
- Comme toi ?
- Oui, comme moi. J’ai trouvé mon bonheur ici. Allez viens, je t’emmène.
Norbert se met tranquillement sur une feuille tombée à côté de lui, l’ours prend délicatement la feuille où s’est assis Norbert. Il la pose sur sa nuque. Et les voila partis, un escargot sur la nuque d’un ours…
Arrivé de l’autre côté, dix minutes après, l’ours dépose Norbert.

Seule une butée s’ouvre maintenant devant lui, petit à petit, il grimpe à son rythme. Arrivé à la cime de ce léger monticule, il s’éberlue. Ses antennes s’agitent. La ville s’offre à lui, les néons l’aveuglent, le vacarme étouffant des voitures le met en émoi. Là, Géraldine l’araignée descend le long de son fil à sa rencontre.
- Allez, accroche-toi à moi, je vais faire l’ascenseur. Il faut que tu voies dans quoi tu vas t’engager. Et même vu d’en haut, c’est incompréhensible d’observer toutes ces petites bêtes bouger de partout. Ils détruisent des édifices qu’ils ont eux-mêmes construits pour en reconstruire d’autres encore plus grand et encore plus imposant, je te le dis, incompréhensible.

Norbert prend une tige pour son casse-croûte avant de se mettre sur l’araignée. En montant, il rencontre les singes qui lui font des mimiques indescriptibles.  Il leur sourie et continue de prendre de l’altitude. Arrivé à la branche d’où l’araignée s’était accrochée, il prend un moment pour regarder en bas et puis observe l’agitation en face de lui : Une véritable fourmilière, ça bouge de partout, ça lui donne le tournis.
- Wouhou, wouhou.
Norbert, demande -Tiens, mais qui est cet hurluberlu qui hulule ? Il se cache où le hibou.
Les yeux grands ouverts, le hibou observe de ses grands yeux les environs et continue son hululement.
Norbert finit la discussion
-Ok, encore une bonne conversation, il s’écoute parler celui-là.

Alors tranquillement, Norbert descend de l'ascenseur, en remerciant l'araignée, et se dirige vers le béton. Les voitures passent, repassent et se dépassent.
Il est éberlué par les évènements, sa tête tourne, ses antennes ne servent plus a rien, il ne respire que du gaz d’échappement, il décide d'aller s'échapper par la bouche d'égout adjacente.

Coup de bol, elle est ouverte. Il descend tranquillement la paroi, et  se retrouve nez à nez avec un groupe de rats, les seuls capables de vivre dans un tel milieu. Bien organisé, une dizaine se battent, une quinzaine les regarde. Le chef de l'instant s'avance ensuite vers l'escargot et le pousse d’un coup de patte.
-qu'est que tu fous là toi?
-moi, je suis en visite touristique, je regarde les environs
-en touriste, t'es un marrant toi, bref reste pas là, c'est le bordel, et tu parais trop innocent pour te défendre.

Norbert se fourre dans sa carapace un instant, y récupère une carte et demande son chemin.
- oui bien, mais je veux aller là. Tiens
- oui là bien sur, tu ne veux pas non plus un taxi pour y aller. Le mieux c'est que tu fasses demi-tour et que tu retournes chez toi, ce n’est pas un environnement pour toi ici, les humains vont te manger tout cru si tu en rencontres un.
- les quoi ?
- les humains, ces grandes bêtes qui n'arrêtent pas de courir à la surface et parlent un langage incompréhensible, si tu vas par-là, soit tu vas te faire écraser, soit ils vont te bouffer.
- pas glop ton truc, bon bah je remonte alors.

Le lendemain, Norbert se retrouve à la lisière de la forêt mystérieuse. Il ne voit pas l'ours. Tranquillement, il entre dans la forêt. Il s'aventure dans un monde de calme par rapport au bordel ambiant de l'atmosphère citadine. Il s'éloigne, il respire, prend une feuille de chêne tombé par là, l'utilise en couette et tranquillement s'endort.

À son réveil, une jolie pie entonne son chant matinal. Norbert se remue les antennes, sort de ses draps, se douche sous la rosée d’une plante voisine et décide de rester planté là.

« Petit oiseau tu n’as pas d ailes, tu peux pas voler,
 Petit oiseau tu n’as pas d ailes, tu peux marcher. »


À Gad Elmaleh, chanteur inconnu du TOP50.




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