Petit détour sous un abribus
Quelques personnes se retrouvent dans un abribus, situé au milieu de la
scène, des bruits de pas, des discussions de foule remplissent la scène. Neuf
personnes de tout âge se retrouvent. Une voix off retentit.
Voix off – Vous êtes sur le toit du monde, que voyez-vous?
Francine, surprise – Mais qui nous parle ?
Voix off, innocente – C’est moi, la voix off, donc
que voyez-vous ?
Francine – Ok, je vois mes pieds et un nuage de pollution.
Gérard – De la neige.
Francine – Je vois la personne qui est à côté de moi et je
joue avec elle à regarder en bas ce que chacun devine, tiens un hamster.
Gaétane – Je sentirais le soleil de plus près
Voix off – Au fait, il fait nuit et vous êtes tout/toutes
seuls/seules.
Gérard – Tiens, il fait de l’écho maintenant.
Franchement, comme voix off, nous aurions pu avoir mieux. Mais comment en
sommes-nous là ? Enfin là-haut je veux dire, c’est encore très
égocentrique comme truc.
Voix off – Et pourquoi pas ?
Gérard – Et nous n’avons rien à becqueter ? Rien à
boire ? Comment en est-on arrivé là ?
Voix off, énervée – Rien et silence, c’est moi qui pose
les questions sinon je vous fais redescendre en bas.
Gaétane – Ok moi, je regarderais la lune, les étoiles et
j’écouterais le silence environnant.
Assis à côté de Gaétane, Gustav en smoking bleu
vert éteint sa cigarette et prend part à la discussion.
Gustav – Et si j’étais un zèbre, je me peindrais des
lignes horizontales, ça vous permettra de jouer aux dames.
Lili – Vous n’êtes vraiment pas sérieux, cette voix ne
vous demande pas de rajouter un si, elle nous demande de vous accorder au la et
de vous laisser transporter.
Gustav – Ah oui, une fois. Et si je sortais avec Ariane,
m’emmènerait-elle toujours avec son fil ? Et vous, qu’est ce que vous y
voyez là-haut?
Lili – Moi je me verrais, moi en bas, toute petite au
milieu de tous pleins de canards. Et puis, je tenterais de communiquer avec des
signaux lumineux avec la personne sur la montagne d’en face.
Gustav – Des canards, pourquoi des canards ?
Lili – Un zèbre, pourquoi un zèbre ?
Monique a les yeux fixés vers le ciel. Elle est
dubitative.
Monique – Je verrais l’escalator qui mène au paradis.
Gérard – Et pourquoi l’escalator monterait, peut-être
qu’il nous ramènerait en bas…
Monique – Pas con, mais je n’ai pas dit dans quel sens il
allait. C’est vrai que c est un peu trop sérieux. Personne ne se pose la
question de savoir comment nous allions respirer tout là-haut…
Francine coupant court à la discussion – Moi, je
verrais le monde en orange.
Gérard - en
orange pourquoi en orange ?
Francine – Avec mes sur-lunettes de ski, pourquoi je
serais sur le toit du monde autrement, et l’orange c’est chaleureux et rend
tout plus beau.
Lili – Tu dis ça parce que tu es bronzé et tu reviens
de vacances !
Francine - Oui et
comme ça, je pourrais voir où sera ma prochaine destination…
Monique sort de sa rêverie.
Monique – Ok, pas un escalier, mais je verrais un avion
dans le ciel, un gars qui en saute et vient se poser à côté de moi pour se
taper la discute. Je m’ennuierais toute seule non mais.
Gustav – Oui, moi je verrais le monde en grand, une
sensation de liberté et j arrêterai mon regard sur chacun des petits points que
je verrais en bas et me poserais la question de savoir qui pense à moi en train
de glander sur le toit du monde tout seul.
Monique – Bref, ça ne change pas, même sur le toit du
monde, personne ne m’écoutera ! Moi là-haut, j’en profiterai pour prendre
mon pinceau et décorer les environs. Comme ça, à grands coups de chiffons.
Le téléphone de Gaétane se met à sonner, « If everybody looked the same »
retentit, elle s’en aperçoit au bout de deux minutes alors que tout le monde la
regarde. Elle coupe l’appel.
Lili – T’as raison Gaétane, chut, profitons du
silence. Je crois que je profiterais du toit du monde, pour m’emmitonner dans
mon sac de couchage et passer une bonne nuit.
Une piétonne s’arrête à l’arrêt de bus et prend
part à la conversation.
Marion – Excusez-moi de vous déranger, mais pourquoi
vous regardez tous le ciel ???
L’inscription illumine le toit de la pièce, Marion
regarde et reprend.
Marion – Moi sur le toit du monde, j’aurais le vertige
et une peur bleue, je n’en profiterais même pas.
Gérard – Dites donc, le toit du monde commence à être
embouteillé !!! 1 deux 3 quatre 5 six 7 huit 9. C’est devenu une
destination club med !!!
Marion – Ah je vous dérange, ça fait plaisir.
Gérard – Mais non, plus on est de fous, plus on rit. Et
puis, je vais m’ennuyer avec mon zèbre croisé.
Marion – Un zèbre croisé, dites-moi madame, reniflant
Gérard, il ne sent pas l’alcool, il a fumé quoi le monsieur ?
Lili – Oh, lui rien il est comme ça, enfin depuis le
début de cette conversation. Un grand lunatique réaliste.
Gérard – Lunatique réaliste, manquait plus que ça. Bon
tiens, c’est mon bus qui arrive. Merci beaucoup et à demain.
Tous – Au revoir.
Gérard prend sa sacoche et s’échappe de la scène
par la porte au fond.
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