Une femme aimée – Andreï Makine – Editions Seuil
Un roman que j’ai eu des difficultés à lire. Du moins au
début, j’ai trouvé l’incipit plutôt tortueux, avant que tout ne se replace dans
mon esprit comme le fil continu d’un roman. Un sens de l’effort récompensé au
cours des pages. Ensuite, pourquoi ? La trame se passe sur deux
dimensions, celle historique de la Russie du 18-19ème, et la Russie
des années 90. Pour but ? Sonder le grand mystère de la Grande Catherine,
et quelle vie…
J’apprécie encore une fois dans ce roman d’Andreï Makine d’être
le lecteur témoin des liens très fort entre la Russie et la France des
lumières. Et cette transition, douce, simple, vers le monde russe des années 90
qui se métamorphosent au rythme de ses recherches de nouvelles identités dans
un monde qui la perd.
Des acteurs historiques, des acteurs du présent, tout s’entremêle
dans un somptueux medley qui connecte
les points avec justesse.
Page 13 – « Cher ami ! Vous autres, philosophes,
vous ne travaillez que sur le papier qui souffre tout. Moi, pauvre impératrice,
je travaille sur la peau humaine qui est bien plus irritable et chatouilleuse… »
Page 70 – L’attente anxieuse du jugement et, derrière la
vitre, une journée de Février, une somnolence neigeuse, la douce indifférence
de la nature face à la fièvre de projets humains.
Page 76 – « Tout est truqué d’avance, cher ami. Le
talent est piétiné. La médiocrité règne. La lâcheté remplace le jugement, mais… »
Page 120 – A vingt-huit ans, il a enfin l’impression de
comprendre que ne pas trop aimer peut être une forme de sagesse.
Page 130 – L’art est le concentré du réel. Gorki l’exprimait
à sa façon : le fer dans un roman est plus ferreux qu’en réalité.
Page 152 – Et de nouveau, il est frappé de voir avec quelle
facilité la vie et le jeu se mélangent, créant un monde intermédiaire où chacun
interprète son moi, tout en plagiant ses semblables.
Page 260 – Personne ne sait ce qui s’est « réellement déroulé ».
On connait des faits, des dates, des protagonistes. Les historiens proposent
des interprétations. Certains se prennent pour Dieu le père et exigent que leur
vision soit reconnue comme irrécusable
Note de moi : Très intéressant dans un parallèle avec
ce que j’ai lu du monde d’hier de Stefan Zweig.
Page 321 – « Un conseil de vieux. Ne revenez jamais
vers les femmes d’autrefois. Douleur garantie. Vivez dans le présent, il ment
mieux car il change tout le temps… Tiens ! voilà mon présent qui arrive »
Page 341 – Imaginez : sur l’autre rive de cette baie se
tiennent en ce moment deux enfants grisés par ces tourbillons blancs. Dans dix
ans, ils seront enrôlés dans les jeux de ce monde, sa voracité, ses mensonges,
sa laideur…




