Saturday, 13 April 2013

Une femme aimée - Andreï Makine



Une femme aimée – Andreï Makine – Editions Seuil


Un roman que j’ai eu des difficultés à lire. Du moins au début, j’ai trouvé l’incipit plutôt tortueux, avant que tout ne se replace dans mon esprit comme le fil continu d’un roman. Un sens de l’effort récompensé au cours des pages. Ensuite, pourquoi ? La trame se passe sur deux dimensions, celle historique de la Russie du 18-19ème, et la Russie des années 90. Pour but ? Sonder le grand mystère de la Grande Catherine, et quelle vie…

J’apprécie encore une fois dans ce roman d’Andreï Makine d’être le lecteur témoin des liens très fort entre la Russie et la France des lumières. Et cette transition, douce, simple, vers le monde russe des années 90 qui se métamorphosent au rythme de ses recherches de nouvelles identités dans un monde qui la perd.

Des acteurs historiques, des acteurs du présent, tout s’entremêle dans un somptueux medley qui connecte les points avec justesse.


Page 13 – « Cher ami ! Vous autres, philosophes, vous ne travaillez que sur le papier qui souffre tout. Moi, pauvre impératrice, je travaille sur la peau humaine qui est bien plus irritable et chatouilleuse… »

Page 70 – L’attente anxieuse du jugement et, derrière la vitre, une journée de Février, une somnolence neigeuse, la douce indifférence de la nature face à la fièvre de projets humains. 

Page 76 – « Tout est truqué d’avance, cher ami. Le talent est piétiné. La médiocrité règne. La lâcheté remplace le jugement, mais… »

Page 120 – A vingt-huit ans, il a enfin l’impression de comprendre que ne pas trop aimer peut être une forme de sagesse.

Page 130 – L’art est le concentré du réel. Gorki l’exprimait à sa façon : le fer dans un roman est plus ferreux qu’en réalité.

Page 152 – Et de nouveau, il est frappé de voir avec quelle facilité la vie et le jeu se mélangent, créant un monde intermédiaire où chacun interprète son moi, tout en plagiant ses semblables.
Page 260 – Personne ne sait ce qui s’est « réellement déroulé ». On connait des faits, des dates, des protagonistes. Les historiens proposent des interprétations. Certains se prennent pour Dieu le père et exigent que leur vision soit reconnue comme irrécusable
Note de moi : Très intéressant dans un parallèle avec ce que j’ai lu du monde d’hier de Stefan Zweig.

Page 321 – « Un conseil de vieux. Ne revenez jamais vers les femmes d’autrefois. Douleur garantie. Vivez dans le présent, il ment mieux car il change tout le temps… Tiens ! voilà mon présent qui arrive »

Page 341 – Imaginez : sur l’autre rive de cette baie se tiennent en ce moment deux enfants grisés par ces tourbillons blancs. Dans dix ans, ils seront enrôlés dans les jeux de ce monde, sa voracité, ses mensonges, sa laideur…  
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