Wednesday, 27 October 2010

Camino de Santiago

Camino de Santiago - Chemin en Santiags - ah bah non


Un kilomètre à pied, ça use, ça use,

Minuit Trente, départ de la station de bus, Le soleil nous a déjà dit au revoir, l’inconfort nous souhaite la bienvenue, une introduction idoine a un voyage unique.

Un kilomètre à pied, ça use les souliers



Deux kilomètres à pied, ça use, ça use,

Premier acte, découverte de l’étendue qui s’ouvre devant nous.

Temps magnifique, chemin forestier.

Deux kilomètres à pied, ça use les souliers

 

Trois kilomètres à pied, ça use, ça use,

Et on rejoint le macadam, les routes goudronnées sur des distances que je ne concevais pas de prendre à pied.

Trois kilomètres à pied, ça use les souliers

Quatre kilomètres à pied, ça use, ça use,

Le sac bien harnaché, le décor qui bouge lentement et surement, oui aux alentours de quatre kilomètre à l’heure.

Quatre kilomètres à pied, ça use les souliers

 

Dix kilomètres à pied, ça use, ça use,

Un premier village, les premières douleurs qui se ressentent, non pas dans la montée, dans les descentes principalement. Les efforts se sentent dans le groupe.

Dix kilomètres à pied, ça use les souliers

 

Vingt-cinq kilomètres à pied, ça use, ça use,

Nous avons passe les éoliennes qui apparaissaient au loin de Ribadeo, elles sont à cote de nous. On se retrouve dans un premier refuge, on se mêle aux différents groupes, on partage nos expériences, et on se repose. Repos.

Vingt-cinq kilomètres à pied, ça use les souliers

 

Trente-Cinq kilomètres à pied, ça use, ça use,

Le lendemain la même chanson se répète, les décors ouvrent la voie, petit a petit on sent peu a peu que oui c’est une épreuve, et que cette épreuve se vaut. LE valons-nous ?

Trente-Cinq kilomètres à pied, ça use les souliers

 

Quarante deux kilomètres à pied, ça use, ça use,

On rejoint Baamonte, de Gondan, le tout a pied. Quarante kilomètres, onze heures de marche, quelques pauses et on ne voit que peu de pèlerins en cette période d’Octobre. La chanson Sur la route de Raphael me revient en tète. Sur la route, oui, Comment ? Différemment, à pied.

Quarante deux kilomètres à pied, ça use les souliers

 

Vingt trois kilomètres à pied, ça use, ça use,

Voila, on paie le prix, la préparation que l’on n’a pas fait, je paie le prix, la préparation que je n’ai pas effectué.  Donc c’est le cadeau d’un raccourci, le temps de rejoindre Sobrado Dos Moxes. Se pousser dans les limites, oui je l’ai vu, je l’ai ressenti, je le ressens encore, cette petite boule au tibia me le rappelle encore. A Sobrado, nous profitons du refuge dans un monastère, un moine nous accueille et nous découvrons une ville splendide, ville oui, au moins 2000 habitants dirais-je. Les photographies parlent mieux que les écrits.

Vingt Trois kilomètres à pied, ça use les souliers

Vingt quatre kilomètres à pied, ça use, ça use,

Le lendemain, le temps de rejoindre Arzua, de reprendre en chemin les gens du voyage qui ont repris des forces et se sentent la force de continuer. On y arrive en début d’après-midi, on y mange bien, le groupe initial reprend sa forme finale. Une pulperia nous offre des saveurs en s’alliant à un délicieux vin blanc galicien et un cidre doucement léger et tendre a la fois. Allez un peu de viande, on ne sait pas a quoi nous serons manger demain,

Vingt quatre kilomètres à pied, ça use les souliers

 

Trente kilomètres à pied, ça use, ça use,

Nous pensions nous arrêter a cote de l’édifice de Monte De Gozo, L’ivresse prend de force le groupe et a six kilomètres de Santiago, on sent cette ivresse non-alcoolique nous remplir d’entrain pour arriver enfin a notre destination. Le temps se couvre, nous sommes en Galice, et la Galice nous a déjà fait un beau cadeau en nous offrant ce ciel bleu mirifique.
Vers les coups de huit heures, nous arrivons devant la cathédrale, et nous nous allongeons sur la place, pour l’apprécier, pour se reposer, pour respirer et pour comprendre ce que l’on a fait

Oui, ce fut un Quarante et un kilomètres à pied, ça use les souliers

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Le lendemain, nous ne comptons plus les kilomètres, nous ne comptons plus ces chaussures jetées a la poubelle, nous recevons notre compostellanae, un diplôme dument mérité. Surpris, je ne comptais vraiment pas jouer a ce jeu, mais timbré par la marche, au rythme des tampons qui s’impriment sur nos credentials, on se dit oui, je le veux, je le vaux, je suis heureux de recevoir cette gratification.
Nous assistons a la messe, debout, au milieu des pèlerins, nous sommes tous venus pour différentes raisons, nous sommes tous venus pour cette cérémonie de l’arrivée, et entre latin, espagnol, français, anglais, et allemand, cette oraison nous fait chaud au cœur.
Pour finir, ce n’est que le commencement. Un voyage, des douleurs, des couleurs, des plaisirs, un plaisir. Un cadeau unique, le cadeau de mes trente ans.

Florentirum

Merci de cette superbe expérience, je laisse le mot de la fin au suivant suivant

A philosph knows when to wonder, and when not to wonder.
Ithaca/Ithaque
English
When you set out on your journey to Ithaca,
pray that the road is long,
full of adventure, full of knowledge.
The Lestrygonians and the Cyclops,
the angry Poseidon -- do not fear them:
You will never find such as these on your path,
if your thoughts remain lofty, if a fine
emotion touches your spirit and your body.
The Lestrygonians and the Cyclops,
the fierce Poseidon you will never encounter,
if you do not carry them within your soul,
if your soul does not set them up before you.

Pray that the road is long.
That the summer mornings are many, when,
with such pleasure, with such joy
you will enter ports seen for the first time;
stop at Phoenician markets,
and purchase fine merchandise,
mother-of-pearl and coral, amber and ebony,
and sensual perfumes of all kinds,
as many sensual perfumes as you can;
visit many Egyptian cities,
to learn and learn from scholars.

Always keep Ithaca in your mind.
To arrive there is your ultimate goal.
But do not hurry the voyage at all.
It is better to let it last for many years;
and to anchor at the island when you are old,
rich with all you have gained on the way,
not expecting that Ithaca will offer you riches.

Ithaca has given you the beautiful voyage.
Without her you would have never set out on the road.
She has nothing more to give you.

And if you find her poor, Ithaca has not deceived you.
Wise as you have become, with so much experience,
you must already have understood what Ithacas mean.

Español
Un filosofo sabe cuando preguntar, cuando no preguntar:

Cuando emprendas tu viaje a Itaca
pide que el camino sea largo,
lleno de aventuras, lleno de experiencias.
Que sean muchas las mañanas de verano en que llegues 
a puertos antes nunca vistos.                                          
Ten siempre a Itaca en tu pensamiento.
Tu llegada allí es tu destino.
Mas no apresures nunca el viaje.
mejor que dure muchos años
y atracar, viejo ya, en la isla,
enriquecido de cuanto ganaste en el camino
sin aguardar a que Itaca te enriquezca.

Itaca te brindó tan hermoso viaje.
Sin ella no habrías emprendido el camino.
Y así, sabio como te has vuelto, con tanta experiencia,
entenderás ya qué significan las Itacas.
Kavafis

Français
Un philosophe sait quand poser des questions et reconnait quand il ne faut pas s’en poser
Quand tu prendras le chemin vers Ithaque 
Souhaite que dure le voyage, 
Qu'il soit plein d'aventures et plein d'enseignements. 
Les Lestrygons et les Cyclopes,
Les fureurs de Poséidon, ne les redoute pas. 
Tu ne les trouveras pas sur ton trajet 
Si ta pensée demeure sereine, si seuls de purs
Émois effleurent ton âme et ton corps. 
Les Lestrygons et les Cyclopes, 
Les violences de Poséidon, tu ne les verras pas
A moins de les receler en toi-même
Ou à moins que ton âme ne les dresse devant toi.
Souhaite que dure le voyage. 
Que nombreux soient les matins d'été où 
Avec quelle ferveur et quelle délectation
Tu aborderas à des ports inconnus ! 
Arrête-toi aux comptoirs phéniciens
Acquiers-y de belles marchandises 
Nacres, coraux, ambres et ébènes
Et toutes sortes d'entêtants parfums
- Le plus possible d'entêtants parfums,
Visite aussi les nombreuses cités de l'Égypte 
Pour t'y instruire, t'y initier auprès des sages.
Et surtout n 'oublie pas Ithaque.
Y parvenir est ton unique but.
Mais ne presse pas ton voyage 
Prolonge-le le plus longtemps possible
Et n'atteint l'île qu’une fois vieux,
Riche de tous les gains de ton voyage 
Tu n ’auras plus besoin qu'Ithaque t'enrichisse.
Ithaque t'a accordé le beau voyage, 
Sans- elle, tu ne serais jamais parti.
Elle n'a rien d'autre à te donner. 
Et si pauvre qu’elle te paraisse 
Ithaque ne t'aura pas trompé.
Sage et riche de tant d'acquis 
Tu auras compris ce que signifient les Ithaques.
Poème de Constantin Cavafy écrit à Alexandrie en 1911.

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