Friday, 27 February 2026

Un Homme Pressé – Extrait 23

Un Homme Pressé – Extrait 23

Il sévertue donc à défendre son maigre gagne-pain. *** Cette tâche demande beaucoup plus defforts quil ne le pensait initialement. Et durant les journées qui suivent, il commence par prendre ses vieux dossiers, stockés dans une de ses clés USB datant dil y a plus de dix ans. Il y cherche des sujets quil avait déjà traités hors de son travail. Tiens, pourquoi pas, un fichier sur le consumérisme écrit alors quil éditait un journal sur papier, en libre service pour ses connaissances estudiantines. Dune nouvelle manière, il cuisine alors la sauce des vingt-six lettres de ce document. Il lui faut plus. Et surtout dautres ustensiles que son imagination, il lui faut des faits réels, du présent pour accrocher le lecteur. Il part acheter trois feuilles de choux au tabac en bas de chez lui. Maintenant, il est prêt. Dans ce nouvel état desprit, il effectue cette cuisine avec les condiments du buzz du moment: un peu de théorie du complot, un peu de principes de précautions, le tout saupoudré danecdotes et de témoignages quil glane sur le net. Après avoir avancé sur ces dossiers, il envoie le document réédité bien mis en page à son chef. A la fin de la quatrième journée, il remet son blog à jour. Son cerveau nen peut plus des mots, et cest naturellement que ces nouveaux billets se composent plus dimages que de textes. Il prend tout de même le temps de raconter les sensations touristiques des dernières étapes de son voyage, mettant laccent sur les beautés cachées de Budapest, retraçant lhistoire des icônes orthodoxes depuis deux cents ans. Une pause dune heure tout au plus. Déjà, le capharnaüm alentour le rappelle à lordre. Les factures se laissent aller sur le perron de sa réception. Le sujet-verbe-complément de sa prochaine activité. Le prélèvement automatique lui permet de ne pas se soucier des courriers administratifs. Pourtant, confiant mais pas trop dans ce laisser-aller aux services tiers, il ouvre une des lettres de sa banque. Son regard se pose directement sur le solde final, et il sefforce de regarder les opérations en attente. Il fait un calcul mental rapide. Quelques économies encore, pas grand-chose, pas de quoi voyager à Tombouctou. Mais ces économies lui offrent au moins de quoi fleurir le quotidien encore un mois, ou quelques autres. Je ne me plains pas de travailler. Cest plus facile si on a de quoi soccuper que si on ne fait rien. Haruki Murakami La Fin Des Temps Science sans conscience nest que perte de lâme Huit jours quil était rentré dans ses pénates, huit jours quil avait repris son statut de sédentaire. Dans son logis, tout a repris sa place, ou presque. En ce huitième, cest lors dun dîner avec de vieux amis quil décide de redevenir cet homme sérieux plus longtemps. Pour quelles raisons? Pour quon laccepte sans poser trop de questions. Derrière ces rideaux sociaux, son affaire demeure néanmoins ailleurs. Et chaque soir arrivé, dès quil retire ses chaussures, il passe son temps sur la toile. A la recherche dune solution à ces feuilles épaisses et blanchies-jaunâtres. Un ternet et deux tu lauras. Ses requêtes, le mot clé livre blanc, lenvoient dans des études que mènent les grandes organisations sur différents sujets: les nouveaux systèmes de gestion informatique, un recueil dinformation sur les comportements dans lentreprise, la gestion des plans de succession des dirigeants, celui des énergies renouvelables, lautre blanc noir sur létat de la justice en France. Bref, rien qui ne lintéresse au premier abord. Ce livre ne se laisse toujours pas découvrir. Pas un fil, pas une phrase ne semble vouloir transpirer. Ce corps se refuse toujours à lui, comme une reine du bal sur son trône. Florent valse ainsi, quotidiennement, joyeusement avec les trois fantastiques, les trois points qui marquent sa détermination.


⬅️ Extrait précédent | Extrait suivant ➡️

🔖 Labels : Un Homme Pressé, Un Homme Pressé – Extrait 23

Un Homme Pressé – Extrait 22

Un Homme Pressé – Extrait 22

soleil radieux accompagne son attente. Rien ne presse, quand tout semble enfin prendre sa place. Il en profite pour regarder les passants, et croit déceler un tic en chacun deux. Que ce soit un objet fétiche, tel une montre que lon regarde toutes les cinq minutes, les couples qui marchent, leurs regards entremêlés, ou les touristes qui sextasient tous les cinq mètres. Tout respire la vie, tout. Les platanes finissent dencadrer ce tableau vivant. Il laperçoit alors quelle attend au feu rouge. Sarah venait des bords de Seine. Il lobserve ainsi de loin, son image, un effet stroboscopique par les voitures qui circulent entre eux. Un crénelage temporel en guise dintroduction. Dès les amabilités effectuées, il prend la parole et ne la lâche plus. Un long monologue dans lequel il la tient informé des derniers résultats de ses recherches. Elle, elle sattendait plus à une discussion. Elle commence dailleurs à perdre son regard ailleurs. Il retrouve son attention en lui présentant sa dernière découverte: ce livre blanc. Il parle avec le ton dun possédé depuis plus de dix minutes. Il recherche enfin à reprendre son souffle, Sarah en profite pour prendre la parole: - Donc, maintenant, nous recherchons des feuilles.? - Oui, et pas nimporte lesquelles, tu as vu les dimensions de ce livre. - Une question moins matérielle subsiste: Qui était au courant de lexistence de ce livre? Qui la amputé de ces membres? - Malheureusement, nous navons aucunes traces de ce passé. - Si, une musique, des symboles, une aura et maintenant de quoi connaître sa date de naissance du petit cuivré. Allez, je te lemprunte, tu prends un pari: avant ou après JC. - Sacré JC. Après. Bien sûr, il avait aussi pensé à amputer un bout de cuir, un morceau des feuilles, pour pouvoir les analyser. Il ne le juge toujours pas utile. Tout simplement car il ne peut sy résoudre. Couper un livre et léquilibre se définit dans son dèséquilibre. Les seuls tests quil accepte, sont ceux non destructifs. A laide du spectre lumineux. En fin daprès-midi, les cafés une fois consommés, ils se rendent à son laboratoire, qui commence à se vider à cette heure. Sarah lui indique une blouse et prépare la procédure expérimentale des tests. Devant tout ce tralala, Florent voit plus en la face cachée de la lune que dans la mise en place de lexpérience. Finalement, les outils de mesures sont prêts. Sarah lui donne une paire de surlunettes pour regarder lexpérience. Aucunes ondes visibles ou invisibles ne semblent pénétrer ces pages. Elles semblaient se transformer principalement en réflexion, et au-delà de la maigre évanescence de ces ondes, peu de réfraction. Sarah conclut que chaque feuille dispose dune couche protectrice. Couche qui empêche quiconque dy pénétrer. De retour chez lui, il allume son ordinateur. Son attention dérape des recherches sur ce livre à une autre curiosité. Il ouvre alors sa boite mail professionnel. Il ne consulte que très rarement, voire jamais, cette boîte aux lettres lors de ses voyages. Dedans, pas mal dinformations, la photocopieuse qui était tombée en panne, des employés qui quittent lentreprise et envoient leur au-revoir, des invitations sur le tout Paris, et plusieurs courriels de son chef. Il porte son attention sur le premier, donc le dernier courrier que son directeur avait envoyé. Son chef se demande ouvertement pourquoi il continue de le payer. A la date du message, il y a une semaine, ça faisait bientôt un mois quil navait reçu aucun papier de sa part, que son blog, que lentreprise subventionne, nest plus mis à jour. En pièce jointe, Florent trouve lexemplaire dun nouveau contrat. Son directeur lui demande de le lire et de le signer. Un contrat à la page, un pigiste à la page. Si seulement, il y était. A la page Tard dans la soirée, tôt le matin,


⬅️ Extrait précédent | Extrait suivant ➡️

🔖 Labels : Un Homme Pressé, Un Homme Pressé – Extrait 22

Thursday, 26 February 2026

Un Homme Pressé – Extrait 21

Un Homme Pressé – Extrait 21

ici? - Je suis venu en visite ce matin, je suis resté à regarder ces représentations du Christ, et puis, jai trouvé la porte fermée. Puis-je sortir? La personne à la porte ne va pas plus loin dans son questionnement, et part plutôt soccuper des quelques touristes qui arrivent. Florent, lui, part lesprit lourd, lesprit de celui qui avait cambriolé une église. Il se rassure en se disant que sil doit attendre que les paperasses administratives lui laissent les clefs, il aurait déjà des cheveux gris. Dautant plus que son dossier dinvestigation parait bien moins que solide. De retour chez Tamina, il sort le trésor de sa sacoche, met des gants plastiques à ses mains et ouvre délicatement la protection de cuir qui se présente à lui. A lintérieur, des feuilles épaisses. Chacune doivent faire peut-être cinq millimètres dépaisseur et sexpriment dans un jaunissement dû à lâge qui avait fait son travail. A part cette couleur blafarde, rien dinscrit. De ci, de là, des tâches ponctuent certaines pages. Bien sûr, ce volume devait être passé par dautres mains avant lui. Bien sûr, mais que du blanc, du blanc, du rien. Et des feuilles qui manquent à lappel de la couverture. Il y voit un autre présage. Son temps à Budapest touche à sa fin. De retour au bercail, il prépare ses bagages et envoie un message à Tamina. Il la retrouverai devant son bureau pour sa dernière soirée dans la belle Budapest. Avant de revenir en France, il décide de soffrir le luxe de partir un peu au nord retrouver un viel ami philosophe. Le départ du train est prévu en fin de matinée le lendemain. Des Perspectives En avant toute Sur la place centrale de la Prague vieille, Florent retrouve celui quil était venu voir, un homme en costume trois pièces. Il explique rapidement à Gonzague limpasse dans laquelle il se trouve. Ce dernier, habitué aux cheminements théologiques, se rappelle un extrait dun livre dun auteur français, auteur des fourmis et acolytes. - Réfléchis sur plusieurs dimensions. Penses au temps, penses à lespace. De la 2D à la 3D à la (3D,t), et je ne sais encore. - et donc, penser à ce que ce livre a vu depuis quil est né? et penser que le temps trouverait une clé à cette énigme? -Voilà, tu cherches plus loin. Je ne peux pas trop taider, je suis du côté tranquille de la force maintenant, mes cours de philosophie ne vont pas beaucoup plus loin que cette libraire au coin de la rue. Florent se retourne pour observer lendroit en question. Ses yeux reviennent ensuite vers son interlocuteur. Pas dans linstant, ils sarrêtent pour fixer lhorloge astronomique qui décore cet endroit depuis plus de six siècles. La légende racontait que le commanditaire de cette superbe uvre avait rendu son architecte aveugle à la fin des travaux, pour quil ne reproduise pas ce travail dexcellence ailleurs. De la beauté de lunique. Unique. Et les voilà rentrés dans le jeu de lHistoire, le commun rentrait difficilement dans lhistoire avec un grand H, lunique, des actes, des uvres, la materialisent plus facilement. Des apprentissages oraux, aux écrits, les exceptions mettent ainsi des perspectives aux régles. Il passe la suite de laprès-midi dans les rues de Prague. Avant de retrouver Gonzague et de terminer dans ses bras pour une première et dernière nuit ici. Volupté des échanges en tout liberté. Liberté que Florent sautorise avec les gens qui partagent cette connexion de confiance avec lui. CISEAUX Les trois fantastiques Trois petits points et puis sen vont. De retour à Paris, face aux klaxons du quotidien, Florent met ses boules Quiès et décide de rejoindre Sarah au plus vite. Rendez-vous en terrasse du café Lamour sur les bords de Seine. Les coups de seize heures sonnent aux cloches, il vient darriver, commande un petit noir et lattend sur une table en terrasse. Un


⬅️ Extrait précédent | Extrait suivant ➡️

🔖 Labels : Un Homme Pressé, Un Homme Pressé – Extrait 21

Un Homme Pressé – Extrait 20

Un Homme Pressé – Extrait 20

laisses-moi temmener. Deux heures du matin. Encore trop tôt, léglise serait fermé. La chevelure blonde de Tamina repose sur son épaule, et ses mains se posent sur son torse. Des caresses délicates. - Oui. Il débranche son cerveau, retire les barrettes de mémoire RAM, et overclocke ses cartes à sensations. Des regards. Il la suit et sattarde sur une posture, un tremplin rebondi. Il descend des yeux le long de ces jambes parfaites. Puis elle sassoie sur le lit, il caresse ses jambes, profitant de chaque seconde où il laisse ses doigts vagabonder sur ces terres découvertes. Il laisse ensuite ses lèvres guider le chemin. De ces pieds fins, à ces cuisses, à ce nombril qui lance une invitation. Il suit son nez pour retrouver les délicates senteurs bien uniques et pour sattarder bienheureux sur son clitoris. Du goût, de ce toucher lingual, les senteurs sajoutent à la bande-son. Leurs deux processeurs partent en surchauffe. Lui se souvient de la suite dans les grandes lignes, mais ne peut aller plus dans le détail. Il se concentre et se laisse aller en harmonisant son rythme sur celui de sa partenaire. Merci Marie-Madeleine, tu es ma reine. Nous vivons dans le musée de lHomme. Tout est là devant nous ( ) mais ces objets demeurent lointains et inaccessibles derrière leur vitre. Féerie Générale Emmanuelle Pireyre Same player shoots again Essaie encore Tout le monde est peut-être ordinaire, mais normal, non. Haruki Murakami La Fin Des Temps Tamina lui avait offert un stage de décompression pour naufragé de longue durée, Florent se réveille en solitaire. Debout, il rejoint la cuisine, et trouve un mot à côté dun café presque préparé. Le mot disait: Appuies sur le bouton, et tout est bon, bonne journée. Ta mina. Bouton de la cafetière, du grille-pain. La confiture et les couverts lattendent sur la table. Ses yeux ensommeillés souvrent peu à peu à cet univers. - Hum, je pourrais me faire très vite à cette vie là. A côté du journal du matin, Tamina lui avait imprimé une des icônes du Christ sur la croix. Il enfourne rapidement son déjeuner, prend une douche, et rejoint léglise de Belgrade une seconde fois. *** Dans la nef, il soriente vers le vaisseau central, prend à droite et observe une représentation du Christ. Dans un premier temps, il admire le travail dorfèvre sur bois du tailleur. Soit caché dans un recoin, soit en surface, il opte pour la solution la plus facile, et scrute lobjet sous toutes les facettes. Une barrière empéche les visiteurs de sapprocher plus, il se décide dattendre la pause déjeuner, et se cache dans le confessional. Midi trente, il a le champ libre pour une heure tout au plus. Il enjambe la barrière et se met à effleurer de ses mains la sculpture. Cinq minutes, dix minutes, toujours rien. Il regarde alors Marie-Madeleine et implore son aide. Le point de fuite de licône lememenant vers lavant, il sapproche plus près delle. A cet endroit, la croix a une épaisseur de quinze centimères, les branches latérales du T une hauteur de quarante-cinq centimètres. Il assure sa position et laisse sa main découvrir cet arrière. Pourquoi pas. Il met sa main pas loin derrière loreille gauche du Christ, derrière la croix, sent du jeu dans lassemblage, et tire transversalement un possible tiroir. Au bout de quelques tractions, il sent venir quelque chose. Il fallait faire vite, les employés du Christ allait revenir. Cinq minutes de plus et il réussit enfin à désolidariser ce morceau de la croix. De visu, personne ny verrai rien, de perspective, rien nest moins sûr. Maintenant totalement libéré, Florent manie avec soin ce pavé, cette dalle, et lenfourne dans sa sacoche. Se dirigeant vers la sortie, la porte souvre. Une voix magyar linvective avant de continuer dans un anglais approximatif. - Que faites-vous


⬅️ Extrait précédent | Extrait suivant ➡️

🔖 Labels : Un Homme Pressé, Un Homme Pressé – Extrait 20

Wednesday, 25 February 2026

Un Homme Pressé – Extrait 19

Un Homme Pressé – Extrait 19

aux invasions mongoles, puis à lemprise ottomane et jen passe. - Et surtout élargissez le chant de recherche. Le récent est plus proche de nous. Je vous conseille de vous limiter aux trois, quatre derniers siècles. Sincérement. Après cet entretien, il profite de la présence de Tamina pour se remettre à la photographie. Une après-midi tranquille, et ils reviennent chez elle. Après le repas, il repense à cette discussion, et à dautres. Florent décide daffiner sa recherche sur les églises et cathédrales de la capitale, endroits les plus saints, et moins sujets à la destruction. Enfin Il continue ce cheminement virtuel tard dans la soirée jusquau moment où ses recherches confirment lidentité dune église. Léglise de Belgrade, un bel édifice, un abri sûr pour un tel ouvrage. La cathédrale orthodoxe serbe, comme elle fut aussi nommé, était installée sur lemplacement dun ancien temple en bois. Et actuelllement, le musée, qui sy tient, y exhibe les plus beaux ouvrages serbes de Hongrie. Le lendemain, il revient au pied de cet ouvrage. Lentrée de léglise laccueille avec bon nombre de décorations en bois et en pierre. Par où commencer. Vu quil ne sait pas, il commence par ce qui se donne à la vue du touriste. Il scrute une bonne partie de laile droite avant que, déjà, un employé ne lui signifie la fin des visites. Il repart, un point dinterrogation encore et toujours dans sa tête. Et son cerveau continue de mouliner. Comment différencier de nos seuls yeux le bois du cuir? Comment le distinguer après tant de temps? Le bois a ses maladies, le cuivre les siennes. Recouper les deux, multiplier par linfluence du temps. Saider de la lumière. Si les couleurs visibles ne permettent pas aux yeux humains de les différencier, la réflexion, la réfraction de linvisible doit pouvoir restreindre les recherches. Restreindre les recherches. En une heure, il avait inspecté grossièrement une aile de cette église, à vue dhomme sans savoir où poser son regard. Tellement de relief, en haut, au loin, derrière ces grilles. Comment faire? Le temps laisse celui de poser les problèmes, et celui de trouver les solutions. Il retourne à lappartement. Devant le fruit de leurs recherches, il repense à un ouvrage témoignage de cette époque. Dans la Bible, Marie-Madeleine donnait cette dimension humaine au discours des apôtres et de leur prophète. Avec elle, lesprit et la chair se réconciliait. Elle avait ce petit quelque chose qui faisait quelle restait dans nos esprits. Dailleurs, pourquoi Florent pense-til à elle? Il tourne en ronds et trouve sa réponse. Oui, une aura singulière et reconnue qui a traversé les siècles. Mais Marie-Madeleine est-elle représentée dans cette église de Belgrade? Marie-Madeleine. Du concile de Trente aux evangiles apocryphes, son histoire devenait un écran de fumée devant un corps religieux qui cherchait, semblait-il, à se soustraire aux instincts humains. Son côté sulfureux, ses dimensions bourgeoises. Navait-elle pas plusieurs fois versé du parfum au pied du christ? Marie-Madeleine, image incomprise dune religion trop dogmatique. Elle qui représentait le spontané, qui semblait suivre ses émotions, sans se mentir, sans nous mentir. Direction lécran plat de lordinateur. Il laisse Tamina profiter de son repos, et, lui, sextirpe vers lordinateur. Mot dordre: Représentation de Marie-Madeleine Premier résultat: la représentation du Christ en croix, la scène complète lors de sa crucifixion avec le Christ entouré de Marie, Jean, Marie-Madeleine, des soldats, le mont Golgotha en toile de fond. Au bout de cette première recherche, Tamina sétait levée et lavait rejoint: - Quest-ce que tu cherches? - la route du péché éternel. - Rien que cela. Elle étouffe un baillement. Reviens te coucher. Jai emprunté la route de ce pêché,


⬅️ Extrait précédent | Extrait suivant ➡️

🔖 Labels : Un Homme Pressé, Un Homme Pressé – Extrait 19

Un Homme Pressé – Extrait 18

Un Homme Pressé – Extrait 18

chez Tamina. Trois semaines, et ils sétaient rapprochés et vivaient un amour dété, tout simple, avec les fioritures du carpe diem bienheureux. Ils sentendaient à merveille, quand ils se comprenaient complétement, i.e. tout le temps. Lamour à tout moment de la journée, quand Tamina ne travaille pas, quand lui ny pense pas. Il aimait bien cette routine. Allongé, cette belle femme sur lui. Dominé, un peu, surtout par le manque dévènements. Les deux travaillaient ainsi à lacte. Lui, un peu plus inactif. Pas pour lui déplaire. Dautres livres pleins de shémas peuplaient leurs imaginations, leurs mouvements, mais cétait allongé quil se sentait le mieux. Et puis, elle retournait à son travail, il recentrait alors ses yeux sur lordinateur. Sa quête semble maintenant se dérouler dans un cadre diffus, aux tournures de linfini, multiplié par laléatoire. Les icônes sont peut-être une fausse piste. Il se lance dans une autre. Il cherche un livre, dautres feuilles. Et un livre a une couverture. Il décide de se mettre à la recherche de cette couverture. *** De son côté, Sarah avait continué ses recherches. Elle valide les résultats, ignore les hypothèses qui semblaient les moins plausibles, recommence incéssamment le schmilblick en quête de la recette parfaite. Hypothèse la plus plausible, le livre dont le papyrus pouvait parler lui semble venir des environs du premier siècle, avant ou après JC. Elle remet ces résultats dans leurs contextes. Alors, les livres étaient retranscrits par des scribes, tantôt sur des pierres, tantôt sur des surfaces ressemblant à du papier. La Grèce était alors à un stade de développement des plus avancés à travers le monde. Son royaume sétendait loin, très loin. Ce matin, elle est en ligne, lui aussi. Ils séchangent donc leurs dernières impressions. Lui qui cherche maintenant une couverture, elle qui réduit le champ de recherche à plus ou moins deux siècles de lan zéro. Zéro, comme le résultat de leurs recherches. Dans tous ces questionnements sordides, Florent a pourtant la sensation dêtre là où il doit être. La chance devait charger son mulet dune indication. Il se serait presque remis à prier, la première fois depuis la dernière, quand il avait douze ans. Ce livre, sil existe, avait traversé les âges, vingt et un siècles, peut-être vingt deux, plus de deux mille ans de mouvements incessants, des guerres, des feux, des innondations, quen sait-il? Il y pense. Une montagne, une colline prête plus de précautions face au temps. Si comme ils le pensent tous les deux, cette uvre demeurait sous la protection orthodoxe, Budapest présente lesthétisme et lhistoire, pour garder ce trésor en lieu sûr. *** Tamina lembarque loin de ses horizons, et profite de la fin de semaine pour lemmener redécouvrir Buda et sa colline. Là, lors de cette promenade, il rencontre un touriste français, passionné dhistoire. Ce dernier partage avec lui une remarque quil trouve intéressante. - Les écrits traversent les âges, la plus grande richesse dune culture passent par ces lignes transmises. La culture orale se crée dans linstant, dans les légendes, dans les rumeurs faciles à colporter, dans les moments durgence. Les écrits sont plus libres, donc possiblement plus dangereux. On a ainsi trouvé des livres directement intégrés dans larchitecture de monuments connus. Lendroit le plus sûr, car le plus visible. - Oui, la lettre volée dEdgar Allan Poe. - En effet. Pour les livres, les couvertures en cuir se fondent bien mieux dans le bois. Si jétais vous, je rechercherais un endroit sanctifié et reconnu de tous, maintenant et durant les siècles précédents. Au moins les quatre derniers, tellement de choses ont changé. - Oui, tellement de choses ont changé. Cette ville sest métamorphosée. De la cité romaine, aux magyars venus de lOural,


⬅️ Extrait précédent | Extrait suivant ➡️

🔖 Labels : Un Homme Pressé, Un Homme Pressé – Extrait 18

Tuesday, 24 February 2026

Un Homme Pressé – Extrait 17

Un Homme Pressé – Extrait 17

monde à retourner ses réflexions, lorsque Kamina lui dit: - Florent, tu sais, le culte orthodoxe repose, comme celui catholique ou protestant, sur une communauté, sur des communautés. Ce que tu peux voir ici est peut-être le point de départ vers une autre quête en Grèce ou en Serbie. Ou dans dautres pays. - En Grèce? Et que peux-tu me dire de plus sur ces icônes. - Les icônes répondent à des codes très réglementées. Par exemple, regarde, elles ignorent les règles des perspectives modernes, introduites pourtant depuis le seizième siècle. Limage créée prend sa source dun point de fuite bien particulier: le spectateur. Et les lumières, deux sources au moins sur chacune de ces représentations: celles du jour, mais aussi celle de lintérieur, venant des acteurs représentés. - Et leur support? - Elles sont généralement réalisées sur bois. Mais que cherches-tu en fait? Il me semble que je poursuis lair. Ca méchappe. Tu nas pas plus dinformations? - Non, un point sur la Hongrie, je cherche à avoir plus de détails.. - Donc, laiguille et la meule de foin. - Oui, laiguille et la meule de foin. Mais quelle belle meule de foin. Une première journée vierge. Pas tant que cela au vu des derniers progrès, ils sont deux voire plus dans ce navire, dans cette recherche. Le chemin ne pouvait être si facile dans la quête de sens de ce vieux parchemin. Ou peut-être que pour une fois, la réponse nest pas dans la question. Il se demande: Peut-être que la question est mal posée. Il pourrait préciser le cadre de sa recherche, se poser les questions sous un autre angle. La magie dinternet. Il avait tenté dy échapper dans un premier temps, la toile se rappelle à lui. Il lavait évité mais sort finalement Skype de sa léthargie pour appeler Sarah. - Oui, bonjour Sarah, oui, cest Florent -Bonjour, toi. -Dis, je me rappele une discussion que nous avions eu il y a quelques temps. Sur un manuscrit indescriptible. Weynar, Voynar, Weinicht??? -Oui, le manuscrit de Voynich, je men rappelle. -Je suis à Budapest là. Dis, un des propriétaires de ce manuscrit ne vivait-il pas près ici? -Si, attends, je regarde. Elle tapote sur son ordinateur. Oui, voilà, un certain George Baresch, il vivait à Prague au dix-septième siècle. Le manuscrit lui-même a ensuite suivi les jésuites vers Rome, et maintenant il est conservé à luniversité de Yale. -Bien, et personne na encore su le déchiffrer. -Non, il ne me semble pas. Pourquoi, tu as une petite idée. -Quoi dire de plus depuis que lon sest concerté sur ce rébus. Je reste sur notre point de vue final, me semble, une encyclopédie censée conserver le savoir entre savants. Leurs deux voix sétaient alliées alors dans cette simple conclusion: La différence entre sciences et ésotérisme était bien fine, sûrement confuse en ce temps-là. Pourquoi chercher des raisons hors de leur monde, alors que la vie quotidienne apportait bien des solutions, sils savaient y regarder. La conversation se termine et il retourne dans son introspection devant Kamina qui navait pas compris un traître mot de cette discussion. Devant cet embarras, Florent lui sourit, et pense pour lui-même: Mais pourquoi jai été impulsif. Jaurai dû penser plus loin alors que jétais chez moi. Non, je suis parti. Sur un coup de tête. Encore une fois. Mais voilà, Paris a ses charmes, surtout celui de le distraire de ses objectifs. Et deux mois dans la monotonie des tâches qui lappelaient, lennui pointait inéxorablement son nez au coin de la rue. Lennui et lénervement dun quotidien pessimiste lui pesait. Il devait partir, sans penser plus loin. Et le voilà ici. Tamina lui offre ce réconfort minimum que les étrangers avaient pour les français. Pour lui, un environnement différent, de quoi rebondir. Temps mort Pas pour tous Trois semaines que Florent résidait


⬅️ Extrait précédent | Extrait suivant ➡️

🔖 Labels : Un Homme Pressé, Un Homme Pressé – Extrait 17