Quelques citations prises au détour de cette lecture sans ne prendre aucune perspective de la personne lui-même.
Toutes les citations se rapportent à l'édition Folio que j'ai écorné il y a quelques années et donc je les mets au dactylo digital.
Tout d'abord, les premiers mots qui introduisent le début du récit.
Notre vie est un voyage
Dans l’hiver et dans la nuit
Nous cherchons notre passage
Dans le ciel où rien ne luit
Chanson des gardes suisses 1793
Voyager, c’est bien utile, ça fait travailler l’imagination. Tout le reste n’est que déceptions et fatigues. Notre voyage à nous est entièrement imaginaire. Voilà sa force.
Il va de la vie à la mort. Hommes, bêtes, villes et choses, tout est imaginé. C’est un roman, rien qu’une histoire fictive. Littré le dit, qui ne se trompe jamais.
Et puis d’abord tout le monde peut en faire autant. Il suffit de fermer les yeux.
C’est de l’autre côté de la vie.
Dans le roman en lui-même:
Page 13 Serais-je donc le seul lâche sur la terre ? () perdus parmi deux millions de fous héroïques et déchainés et armés jusqu’aux cheveux ?
Page 19
Les champs des Flandres bavaient l’eau sale.
En allant devant moi, je me souvenais de la cérémonie de la veille. () Quand on a pas d’imagination, mourir c’est peu de choses.
Page 35
Celui qui parle de l’avenir est un coquin, c’est l’actuel qui compte. Invoquer sa postérité, c’est faire un discours aux asticots.
Page 52
Cette espèce d’agonie différée, lucide, bien portante, pendant laquelle il est impossible de comprendre autre chose que des vérités absolues, il faut l’avoir endurée pour savoir à jamais ce qu’on dit.
Page 115
JE tenais, sans le vouloir, le rôle de l’indispensable « infâme et répugnant saligaud » honte du genre humain qu’on signale partout au long des siècles, dont tout le monde a entendu parler, mais qui demeure toujours si divers, si fuyant, quand à terre et dans la vie, insaisissable en somme.
Page 160
Il dormait comme tout le monde. Il avait l’air bien ordinaire. Ça serait pourtant pas si bête s’il y avait quelque chose pour distinguer les bons des méchants.
Page 241
« L’avenir, je vous comment qu’y sera… Ça sera comme une partouze qui n’en finira plus… Et avec du cinéma entre… Y a qu’à voir comment que c’est déjà… »
Page 313
De la morale de l’humanité, moi je m’en fous, énormément, ainsi que tout le monde d’ailleurs. Qu’y puis-je ? Mais il y a toutes les sales histoires, les sales chichis que remue la Justice au moment d’un crime rien que pour amuser les contribuables, ces vicieux…
Page 332
Ils ne font pas le mal eux-mêmes, les riches. Ils payent. On fait tout pour leur plaire, et tout le monde est bien content.
Page 344
Trahit, qu’on dit, c’est vite dit. Faut encore saisir l’occasion. C’est comme d’ouvrir une fenêtre dans une prison, trahir. Tout le monde en a envie, mais c’est rare qu’on puisse.
Page 366
Par exemple à présent c’est facile de nous raconter des choses à propos de Jésus Christ. Est-ce qu’il allait aux cabinets devant tout le monde Jésus Christ ? J’ai l’idée que ça n’aurait pas duré longtemps son truc s’il avait fait caca devant tout le monde.
Page 380
D’après son idée à lui, on était tous les humains dans une espèce de salle d’attente d’éternité sur la terre avec des numéros. Le sien de numéro excellent bien sûr et pour le Paradis. Du reste, il s’en foutait.
Page 381
On entend, on attend, on espère, ici, là-bas, dans le train, au café, dans la rue, au salon, chez la concierge, on entend, on attend que la méchanceté s’organise, comme à la guerre, mais ça s’agite seulement et rien n’arrive.
Dans tous les coins des jardins publics, il y a comme ça d’oubliés des tas de petits cercueils fleuris d’idéal, des bosquets à promesses et de mouchoirs remplis de tout.
Page 472
Le corps, une divinité tripotée par mes mains honteuses.